Faire du jeu son terrain d’intervention
Docteure en psychologie, Elsa Brais-Dussault a fait de LudiPsy une entreprise à impact social qui forme les intervenant.e.s aux approches ludiques et neuroinclusives.
Chez LudiPsy, le jeu occupe une place inhabituelle : celle d'un véritable outil clinique, au cœur de l'intervention plutôt qu'en marge. La psychologue Elsa Brais-Dussault a fondé l'entreprise en 2020 avec une idée précise : créer des ressources en santé mentale qui rejoignent d'abord les communautés de joueur.euse.s, un public souvent laissé de côté par les circuits traditionnels.
Cinq ans plus tard, LudiPsy s'est étendue bien au-delà de son point de départ. Formations professionnelles, ateliers, consultation clinique, conception d'outils d'intervention : l'offre s'est élargie, mais le fil conducteur demeure une approche ludique, neuroinclusive et fondée sur les données probantes, pensée autant pour les intervenant.e.s que pour les personnes accompagnées.
Un public qui échappe aux recours traditionnels
Les joueurs de jeux vidéo les plus à risque sur le plan de la santé mentale sont souvent ceux qui consultent le moins. C'est ce que révèle une étude publiée en 2023 dans la revue Cyberpsychology, Behavior, and Social Networking, qui pointe le coût, les inquiétudes liées à la confidentialité et la gêne parmi les principaux obstacles. C'est précisément ce public qu'Elsa Brais-Dussault a d'abord voulu joindre.
Autrement dit, les personnes qui auraient le plus à gagner d'un accompagnement sont souvent celles que les services classiques rejoignent le moins. C'est cet écart qu'Elsa Brais-Dussault a d'abord voulu réduire, en s'adressant à ces communautés sur un terrain qui leur est familier.
Mais l'angle mort, à ses yeux, ne se limite pas à l'accès aux soins. Il tient aussi à la manière dont trois univers, qui devraient travailler main dans la main, continuent trop souvent à évoluer en parallèle, chacun avec ses codes et ses contraintes : la recherche, la clinique et l'entrepreneuriat. Ils se croisent peu et se retrouvent rarement autour de la même table.
Détentrice d'un doctorat en psychologie et forte d'une expérience en recherche, elle a fait de ce cloisonnement le point de départ de sa démarche. « Les connaissances issues de la recherche prennent tout leur sens lorsqu'elles peuvent être transformées en outils concrets, accessibles et utiles pour les intervenant.e.s et les personnes qu'ils accompagnent », résume-t-elle.
C'est ce constat qui l'a menée vers l'entrepreneuriat scientifique, un terrain où les sciences sociales et humaines, et plus encore la santé mentale, restent moins bien accompagnées et financées que la deeptech ou les sciences de la vie. Une réalité qu'elle aborde sans détour et qui ne fait, à ses yeux, que confirmer la pertinence de la démarche.
D'une pratique à une entreprise
Lorsqu'elle a intégré le Programme québécois d'entrepreneuriat scientifique (QcES), LudiPsy était déjà en marche. Ce que le programme a changé, c'est le cadre de réflexion, et Elsa Brais-Dussault en est ressortie avec une vision plus stratégique de son propre projet.
« J'ai commencé à envisager LudiPsy non seulement comme une initiative clinique, mais aussi comme une entreprise à impact social durable. » La distinction, en apparence subtile, s'avère déterminante : là où une pratique clinique se mesure à la qualité de la relation thérapeutique, une entreprise à impact social doit composer avec des questions de portée, de modèle d'affaires et de pérennité. Le programme lui a par ailleurs permis de mieux évoluer dans un écosystème qu'elle connaissait surtout de l'extérieur et d'y repérer des occasions de collaboration.
À celles et ceux qui hésitent, particulièrement en sciences sociales et humaines, où l'entrepreneuriat scientifique demeure moins balisé, son message se veut rassurant : le programme est accessible, peu importe le point de départ, et l'expérience se traduit autant sur le plan professionnel que personnel.
Ce qui se prépare
LudiPsy travaille actuellement à plusieurs projets destinés aux intervenant.e.s psychosociaux et aux professionnel.le.s de la santé mentale. L'entreprise développe notamment une plateforme de formations et de supervision clinique consacrée aux thérapies par le jeu, une formation professionnelle sur le jeu de rôle thérapeutique, où le jeu devient un espace d'apprentissage de l'affirmation de soi et de la communication, ainsi qu'un programme de codéveloppement pour les professionnel.le.s qui souhaitent adopter une perspective neuroinclusive.
L'ambition sous-jacente est de bâtir une communauté d'apprentissage où les pratiques innovantes restent ancrées dans les données probantes et où l'expertise circule plutôt que de s'isoler. Un objectif qui, pour Elsa Brais-Dussault, ramène toujours à la même équation : faire dialoguer la science, la clinique et l'entrepreneuriat.
Pour suivre Elsa Brais-Dussault et LudiPsy
Site web : ludipsy.ca
Chaîne YouTube : @ludipsy
Toutes les ressources : linktr.ee/LudiPsy
Centre Ludivers, la clinique virtuelle en santé mentale neuroaffirmative : centreludivers.ca